Édition #73

Mars 2026

En 2024, la température globale moyenne a dépassé pour la première fois le seuil de 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle, et les phénomènes météorologiques extrêmes ont causé 8,5 G$ de dommages assurés au Canada, un record historique. Les risques liés aux changements climatiques ne sont plus abstraits : ils se traduisent en sinistres, en risques de crédit et en pressions sur les portefeuilles. Les changements climatiques ne peuvent plus être ignorés, et les autorités financières y répondent notamment en mettant en place de nouveaux cadres réglementaires.

Les institutions financières jouent un rôle clé dans la transition vers une économie plus durable. En orientant les flux de capitaux, elles ont le pouvoir de contribuer directement à la croissance d’organisations adoptant des pratiques responsables. Dans un contexte de réglementation croissante et de débats parfois polarisés, leur contribution est double : agir comme acteur de changement et mobiliser les différents acteurs sociaux et économiques autour d’une vision commune.

Le Mouvement Desjardins a fait de la durabilité l’un de ses piliers fondateurs – non par contrainte, mais par conviction profonde. Entre évolution réglementaire, risques climatiques et attentes grandissantes, le contexte est exigeant, mais porteur de sens. Avec des objectifs ambitieux pour 2040 et une démarche ESG ancrée dans ses valeurs coopératives, Desjardins s’engage résolument dans la transition et cherche à se positionner comme un leader de la finance durable.

L’évolution rapide du cadre réglementaire

Au Canada comme ailleurs dans le monde, les autorités de supervision considèrent que les changements climatiques représentent un risque pour la stabilité du système financier. Les institutions financières doivent ainsi intégrer ces risques dans leurs processus de gouvernance et de gestion des risques. Les lignes directrices émises par l’Autorité des marchés financiers (AMF) et le Bureau du surintendant des institutions financières (BSIF) exigent notamment que les organisations :

  • Évaluent les impacts climatiques sur leur modèle d’affaires ;
  • Renforcent leur gouvernance des risques climatiques ;
  • Réalisent des analyses de scénarios climatiques ;
  • Divulguent davantage d’informations sur les risques liés aux changements climatiques[1].

Ces attentes s’inscrivent dans une tendance mondiale visant à améliorer la transparence et la comparabilité des informations. Les Normes canadiennes d’information sur la durabilité, publiées récemment, s’inspirent directement des standards internationaux IFRS S1 et S2. Elles aident les entreprises à divulguer aux investisseurs les informations pertinentes sur leurs enjeux durables, renforçant ainsi la comparabilité des données à l’échelle internationale.

La réglementation évolue également pour prévenir l’écoblanchiment. Les modifications apportées à la Loi sur la concurrence du Canada imposent aux entreprises de communiquer des déclarations environnementales véridiques, claires et fondées sur des preuves suffisantes.

Une étape importante a d’ailleurs été franchie en 2025 : le gouvernement fédéral a annoncé le financement d’une taxonomie canadienne de l’investissement durable[2], élaborée en collaboration avec l’Institut climatique du Canada. Celle-ci établira un langage commun pour les marchés financiers en définissant des critères distincts pour les investissements « verts » et « de transition »[3]. Pour les institutions financières, cela pourrait représenter une étape structurante pour faciliter les décisions d’investissement durable.

Desjardins sera d’ailleurs représenté au sein du comité financier de ce projet par Gildas Poissonnier, Chef du développement durable. Celui-ci sera membre du Financial Sector Advisory Group de Business Future Pathways, l’organisme mandaté par le gouvernement fédéral pour développer cette taxonomie en collaboration avec l’Institut climatique du Canada.

Pour les institutions financières, cette évolution des normes signifie que la durabilité n’est plus qu’une question d’image : elle devient une composante essentielle de la crédibilité auprès des marchés, des membres et des partenaires.

Des trajectoires réglementaires divergentes

Si la finance durable gagne du terrain à travers le monde, les approches réglementaires diffèrent sensiblement selon les régions. Comprendre ces trajectoires permet de mieux anticiper les tendances qui influenceront notre secteur.

L’Europe : une régulation structurante

L’Union européenne a développé un cadre réglementaire structuré en matière de durabilité. La directive Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) impose à un grand nombre d’entreprises de divulguer des informations détaillées sur leurs impacts environnementaux et sociaux, bien que la portée de cette directive ait été réduite en 2025.

Cette directive repose entre autres sur le concept de double matérialité, selon lequel les entreprises doivent analyser à la fois :

  • L’impact des enjeux ESG sur leur performance financière
  • L’impact de leurs activités sur l’environnement et la société

Par ailleurs, la taxonomie de l’Union européenne vise à définir ce qui constitue réellement une activité économique durable afin d’orienter les investissements[4]. Elle permet une plus grande transparence et contribue à lutter contre l’écoblanchiment.

Les États-Unis : une approche plus fragmentée

Aux États-Unis, la réglementation climatique a connu un développement plus incertain. Les règles de divulgation climatique proposées par la Securities and Exchange Commission (SEC) en 2024 ont été suspendues et leur mise en œuvre demeure incertaine.

Certaines initiatives émergent néanmoins au niveau des States. La Californie, par exemple, a adopté des lois exigeant des entreprises qu’elles divulguent leurs émissions de gaz à effet de serre et certains risques climatiques. Cette fragmentation illustre la complexité du contexte américain, où les vents contraires politiques soufflent fort – ce qui rend d’autant plus notable la détermination de certains acteurs à maintenir le cap.

Un centre de gravité qui se déplace

Au-delà de ces trois blocs occidentaux, d’autres joueurs déplacent le centre de gravité de la finance à l’échelle mondiale. Le recul climatique des États-Unis a permis à la région Asie-Pacifique d’occuper une place croissante dans la transition énergétique, particulièrement pour la fabrication de technologies durables, les minéraux critiques et l’hydrogène. Le Japon, la Chine et la Corée du Sud figurent d’ailleurs parmi les principaux émetteurs d’obligations de transition[5]. Pour les entreprises intégrées dans des chaînes d’approvisionnement internationales, ces déplacements de capitaux ont des implications concrètes – et les institutions financières ont un rôle d’accompagnement important à jouer.

Desjardins face aux attentes des parties prenantes

Desjardins n’a pas attendu que la réglementation impose la durabilité pour en faire une priorité. L’institution financière travaille activement à répondre aux attentes de ses parties prenantes, notamment : les membres et clients, les régulateurs ainsi que ses employés.

À l’écoute des membres et clients

Depuis une analyse initiale menée en 2019, Desjardins actualise chaque année son analyse des thématiques ESG importantes pour ses parties prenantes. L’édition du sondage annuel menée à l’automne 2024 par le Mouvement Desjardins auprès de 3 000 Canadiennes et Canadiens[6] confirme que parmi une liste de 13 thématiques, le top 5 des priorités est formé par :

  1. Les droits des personnes
  2. La lutte contre les changements climatiques
  3. La protection de l’environnement et de la biodiversité
  4. La protection des renseignements personnels et la cybersécurité
  5. L’éducation financière[7]

À noter : la cybersécurité est en nette hausse, signe que les attentes évoluent. Ces résultats guident directement les priorités stratégiques de la Fédération et l’évolution de son offre de produits et services responsables.

Répondre aux régulateurs : AMF et BSIF

Desjardins s’est dotée de structures solides pour répondre aux attentes croissantes des régulateurs. Des équipes sont dédiées à l’analyse des risques ESG. La performance ESG est même prise en compte dans la rémunération variable des gestionnaires et employée, mesurée notamment à l’aide de l’indicateur Agences de notation ESG[8]. Celui-ci regroupe les évaluations de MSCI, Sustainalytics et S&P Global CSA.

La Fédération des caisses Desjardins du Québec obtient une nouvelle fois une notation ESG AAA en 2025 selon l’agence de notation MSCI inc., ce qui la place parmi les plus performantes du classement mondial des institutions financières.

Mobiliser les employés : la durabilité de l’intérieur

La transformation ne se décrète pas depuis le sommet : elle se vit au quotidien, à tous les échelons de l’organisation. C’est pourquoi Desjardins investit considérablement dans la formation et la mobilisation de ses employés.

Le Mouvement Desjardins a également déployé un plan de formation approfondie en matière ESG pour les différents corps d’emploi de certains secteurs d’activité afin que les employés puissent accompagner les membres et clients avec confiance et expertise.

En 2024, 94 % des employés avaient suivi la formation En route vers le développement durable. La même année, Desjardins devient la première institution financière québécoise à adopter le programme d’initiation à la finance durable offert par Finance Montréal en collaboration avec ED4S[9].

Une stratégie durable structurée : l’ambition 2040

Le Mouvement Desjardins compte parmi les coopératives pionnières en matière de durabilité. La gamme SociéTerre, lancée en 1990, témoigne de l’ADN de Desjardins en la matière. Mais la coopérative ne s’appuie pas uniquement sur ses acquis ; elle s’est dotée d’une stratégie ambitieuse et concrète pour l’avenir. Desjardins souhaite atteindre un bilan zéro émission nette d’ici 2040 pour ses activités opérationnelles et ses activités financières dans trois secteurs fortement émetteurs de gaz à effet de serre : l’énergie, l’immobilier et le transport.

Afin d’orienter ses décisions de financement, la coopérative a développé des positionnements sectoriels. Son positionnement sur le secteur de l’énergie souligne notamment l’importance d’accompagner la transition énergétique tout en tenant compte des impacts sur les communautés.

L’organisation s’est par exemple engagée à mettre fin au financement du charbon thermique et à soutenir davantage le développement des énergies renouvelables, avec 2,1 G$ investis dans des infrastructures d’énergie renouvelable à ce jour.

Sur le plan des placements responsables, Desjardins figure parmi les leaders canadiens avec près de 60 solutions en investissement responsable. En date du 30 juin 2024, elle se classait au 2e rang des émetteurs de fonds communs de placement et au 4e rang des émetteurs de fonds négociés en bourse en investissement responsable au palmarès d’Investor Economics[10]. Par ailleurs, Desjardins soutient la recherche universitaire par la Chaire en finance responsable à l’Université Sherbrooke, dont les travaux sur la décarbonation des portefeuilles alimentent les réflexions des équipes internes.

Maintenir le cap face aux vents contraires

La transition vers une économie sobre en carbone est engagée, mais son rythme reste insuffisant. L’économie mondiale ne se décarbone pas aussi rapidement que prévu, et les institutions financières ne peuvent agir seules. La polarisation du débat public, le recul de certaines initiatives sur la scène internationale et la montée des positions anti-ESG constituent des freins réels. Dans ce contexte, maintenir le cap demande de la lucidité, une direction claire et de la cohérence.

Pour les institutions financières, plusieurs défis se profilent. D’une part, de nombreuses entreprises devront transformer leur modèle d’affaires, notamment les PME. Le réseau physique (caisses, CDE, SSD) aura un rôle important à jouer pour accompagner les membres et clients en les aidant à saisir les opportunités de la transition sans les fragiliser.

D’autres défis se posent directement en lien avec l’évolution réglementaire. En 2025, le BSIF a publié ses observations sur les premiers relevés de risques climatiques. Le constat est clair : les données demeurent insuffisantes, les méthodologies hétérogènes, et la comparabilité limitée[11]. Développer des processus et de nouveaux outils d’analyse sera un chantier exigeant, mais nécessaire.

Enfin, trouver l’équilibre entre transition et résilience économique représente un autre défi. Intégrer les risques liés aux changements dans la planification et les couvertures d’assurance demande non seulement une conformité réglementaire, mais un exercice rigoureux. En revanche, renforcer les approches de mesure, d’évaluation et de gestion des risques financiers permet aussi de maintenir la confiance des membres avec les institutions financières[12].

Chez Desjardins, la réponse à ces défis passe par une réflexion continue et rigoureuse sur les trajectoires qui mèneront à l’ambition 2040. Être durable à notre époque, c’est aussi faire preuve d’adaptabilité face aux réalités changeantes, notamment les réglementations, tout en restant fidèle à ses principes.

La réussite de cette transition passe aussi par la mobilisation d’autres acteurs économiques. Desjardins entretient à cet effet plusieurs partenariats stratégiques et soutient plusieurs entreprises dans la mise en place de pratiques durables.

À cet égard, l’institution financière a notamment adhéré en 2021 à l’initiative Business Ambition for 1,5 °C, qui regroupe des entreprises et organisations mondiales de tous les secteurs qui sont contraintes de faire valider leurs cibles intermédiaires de décarbonation par un organisme tiers reconnu internationalement, la Science-Based Target initiative (SBTi), ce qui apporte un supplément de crédibilité à leur engagement. Cette adhésion confirme l’engagement de Desjardins sur la scène internationale.

Alors que plusieurs grandes banques canadiennes subissent une forte pression du marché américain contre les initiatives ESG, Desjardins maintient un engagement ferme.

Vers une nouvelle gouvernance de la durabilité

En 2025, Desjardins a franchi une étape structurante : l’élaboration d’un modèle opérationnel cible au niveau environnemental visant à pérenniser et à optimiser la démarche en développement durable dans l’organisation.

En 2026, les travaux se poursuivent avec un objectif concret : clarifier l’imputabilité des différents secteurs en développement durable. Il s’agira d’optimiser la démarche dans l’ensemble de l’organisation – pour que la durabilité ne soit pas l’affaire d’une équipe, mais celle de toutes et de tous.

Cette approche de gouvernance repose sur une conviction : la durabilité doit être intégrée dans la prise de décision quotidienne, et non traitée comme un enjeu parallèle.

La finance durable comme levier de transformation

Quand les pairs désertent, que signifie rester ? La réponse du Mouvement Desjardins est claire : maintenir ses engagements climatiques est un choix stratégique délibéré, ancré dans des valeurs coopératives et dans une lecture lucide du long terme.

Le contexte mondial actuel illustre avec force ce que signifie maintenir le cap, alors que les vents soufflent dans différentes directions. Dans un contexte où plusieurs pairs nord-américains revoient leur approche, à l’instar des banques américaines et canadiennes qui se sont récemment retirées de la NZBA[13], Desjardins maintient un positionnement clair en matière de durabilité.

Cette évolution reflète une transformation plus profonde : la durabilité se déplace d’une logique de conformité vers une logique de résilience. Cette recomposition ne se limite pas à l’Amérique du Nord – la géographie même de la transition se redessine, rappelant que les institutions financières doivent garder une perspective mondiale pour conseiller leurs membres avec pertinence.

La réussite de cette transition dépendra de la capacité collective à mobiliser les partenaires économiques et à accompagner les entreprises dans la transformation de leur modèle d’affaires. Les directrices et directeurs généraux des caisses, les DCDE et les DSSD sont en première ligne de cette mobilisation. Vous êtes le visage de Desjardins dans vos communautés. Par vos décisions et par vos conversations avec les membres et les entreprises, vous jouez un rôle concret dans la transformation de l’économie.

La durabilité, c’est une responsabilité collective. Mais c’est aussi, fondamentalement, une part importante de l’identité Desjardins.

[1] Autorité des marchés financiers (AMF). (Décembre 2025). Ligne directrice sur la gestion des risques liés aux changements climatiques. https://lautorite.qc.ca/fileadmin/lautorite/reglementation/lignes-directrices-toutes-institutions/LD2025-gestion-risques-lies-aux-changements-climatiques_fr.pdf

[2] Institut climatique du Canada. (18 décembre 2025). Élaboration des lignes directrices pour l’investissement durable. https://institutclimatique.ca/news/elaboration-des-lignes-directrices-pour-linvestissement-durable-du-canada/

[3] Institut climatique du Canada. (7 mars 2023). Débloquer les investissements nécessaires à la transition énergétique du Canada avec la taxonomie des investissements climatiques. https://institutclimatique.ca/suffirait-il-de-deux-definitions-pour-debloquer-les-investissements-necessaires-a-la-transition-energetique-du-canada/

[4] Banque de France. (28 avril 2025). La taxonomie verte européenne. https://www.banque-france.fr/fr/publications-et-statistiques/publications/la-taxonomie-verte-europeenne

[5] BNP Paribas. (9 avril 2025). Les obligations durables en 2025 : un marché en pleine évolution. https://group.bnpparibas/actualite/les-obligations-durables-en-2025-un-marche-en-pleine-evolution

[6] Ibid.

[7] Ibid.

[8] Desjardins. (2024). Rapport de responsabilité sociale et coopérative.

[9] Ibid.

[10] Ibid.

[11] BSIF. (20 novembre 2025). Observations tirées des relevés sur les risques climatiques de 2025. https://www.osfi-bsif.gc.ca/fr/propos-du-bsif/rapports-publications/observations-tirees-releves-sur-risques-climatiques-2025

[12] AMF. (Septembre 2025). Renforcer la résilience financière face aux risques climatiques : observations découlant de l’exercice normalisé d’analyse de scénarios climatiques. https://lautorite.qc.ca/fileadmin/lautorite/reglementation/lignes-directrices-toutes-institutions/renforcer-resilience-financiere-risques-climatiques_fr.pdf

[13] Mark Segal. (3 octobre 2025). Net Zero Banking Alliance Ceaces Operations. ESG Today. https://www.esgtoday.com/net-zero-banking-alliance-ceases-operations/

 

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